Retour en images sur la formation “Découvrir le Secteur Jeunesse” à destination des nouveaux travailleurs de nos OJ.
Aurélie, notre détachée pédagogique, nous explique de quelle manière elle aborde cette formation parfois très théorique.
Libre²
« Rendre au libéralisme ses lettres de noblesse. »
Lorsque l’on a demandé à Louis, le coordinateur et secrétaire général de la Fédération des Étudiants libéraux où l’on réaliserait l’interview, on pensait partir pour la statue de Théodore Verhaegen près de l’ULB. Son choix se porta sur la place de la Liberté, à Bruxelles, et plus précisément au « Titanic », restaurant-café, métaphore désignant, hélas, selon lui, la situation de détresse de certaines institutions, certains partis et courants de pensée en Belgique.
Jeunes & Libres : Quels ont été tes parcours scolaire et professionnel avant d’intégrer le staff de la Fédération des Étudiants Libéraux ?
Louis Mareschal : Après avoir hésité entre le droit et la philosophie, je me suis lancé dans un bachelier en droit à l’Université de Namur suivi d’un master en droit à l’Université libre de Bruxelles. En étudiant le droit, j’ai envisagé sérieusement la carrière d’avocat, mais après un stage d’observation dans le milieu du droit pénal, je me suis rendu compte que cela n’était pas fait, à l’heure actuelle, pour moi. Certains aspects « éthiques » et « moraux » dont je n’avais pas pris compte, sont apparus contraires à mes convictions. À titre personnel, je considère que tout le monde a le droit d’être défendu en justice, mais il y a une étape supplémentaire à défendre soi-même des personnes responsables de faits immoraux. Il y a le noble principe et il y a la mise en application de ce dernier.
Je me suis dès lors mis à rechercher un emploi et c’est à ce moment-là qu’une amie m’a envoyé l’offre d’emploi pour le poste de coordinateur et secrétaire général de la Fédération des Étudiants Libéraux. Je connaissais la FEL, entre autres, grâce à mon ami Adrien Pironnet, qui en a été son président. Par ailleurs, j’ai rédigé quelques articles pour leur magazine, le Blue Line, tout en n’étant pas membre de la fédération. De par ce fait, j’avais déjà rencontré Coralie, notre détachée pédagogique et j’avais déjà assisté à quelques conférences assez intéressantes. Postuler le poste de coordinateur m’a paru évident et depuis le mois de novembre 2021, je l’occupe.
J&L : Peux-tu donner trois mots qui te caractérisent ?
L. M. : Intègre car j’ai des principes moraux sur lesquels je ne transige pas. Responsable, car j’ai des devoirs, comme citoyen et au sein de la FEL. Et enfin curieux, car mon grand-père m’a appris à ne jamais me coucher sans avoir appris quelque chose durant la journée et à être toujours attentif, aux aguets.
J&L : Pourquoi avoir choisi la Place de la Liberté pour cette interview ?
L. M. : Parce que nous sommes une OJ libérale, tout simplement. Quant au « Titanic », le nom colle bien à la situation de détresse de certaines institutions, certains partis et courants de pensée en Belgique. Mais ce n’est pas une situation rédhibitoire, dramatique ou désespérée. Il faut continuer à rester optimiste, à opérer les bons choix orientés selon la raison et à aller de l’avant.
J&L : L’Université libre de Bruxelles n’aurait-elle pas été un lieu plus symbolique ?
L. M. : L’ULB a symbolisé la grande tradition libérale en Belgique avec des figures comme Janson, Choquier, Defacqz, etc. Bien que je sois coordinateur de la FEL, je ne suis plus étudiant et de plus, je trouve que l’ULB, aujourd’hui, est trop « timide » à défendre les valeurs de liberté. Comme la liberté de conscience et la liberté d’expression, en dehors de tout dogme et qui reposent sur le libre examen.
J&L : Un libéralisme qui n’a plus vraiment la cote aujourd’hui sur les campus…
L. M. : Parce qu’il y a une assimilation faussement entretenue par un certain nombre de personnalités et d’organisations entre libéralisme et capitalisme. D’ailleurs, avec des étudiants, nous nous sommes mis pour objectif durant l’année académique qui arrive de faire vraiment tout un travail de déconstruction de cette idée reçue. Le capitalisme n’est pas le libéralisme !
J&L : Quelle est l’histoire de la Fédération des Étudiants Libéraux ?
L. M. : La FEL, en tant que telle, existe depuis 1974. Elle est née au sein du PLP, le Parti de la Liberté et du Progrès, parti libéral francophone d’alors. Il s’agissait déjà d’une organisation indépendante du parti, composée uniquement d’étudiants se revendiquant du libéralisme. C’est ce qui nous distingue d’une OJ purement politique, comme les Jeunes MR. Ils ont, de ce fait, un lien plus étroit que nous avec le parti, bien qu’ils soient tout aussi indépendants de lui que nous le sommes. Nous nous exprimons sur tous les sujets en rapport avec l’enseignement supérieur et la vie des étudiants. Récemment, nous nous sommes mobilisés autour des questions des numéros INAMI et de la réforme du Décret Paysage. Nous sommes une OJ par et pour les étudiants.
J&L : Vous pourriez prendre une position à 180° de celle du Mouvement Réformateur ?
L. M. : Dans l’état actuel des choses, non. Il n’y a pas encore eu, à ma connaissance, récemment, de dossiers où on est parti aux antipodes de celle du parti. Mais selon notre vision de l’OJ et de son indépendance, oui, c’est tout à fait possible. C’est-à-dire que si un jour, un ou une ministre ou le parti venait à se positionner contre nos valeurs, nous n’aurions aucun scrupule à dire pourquoi cela nous gêne et à réaffirmer notre position, quand bien même elle ne plairait pas. C’est sur cette indépendance que nous insistons avec les étudiants, tout en revendiquant notre sympathie pour le parti. Des anciens dirigeants de la FEL ont réalisé de belles carrières au sein de ce dernier.
J&L : Tu as déjà indiqué l’enseignement supérieur et la vie des étudiants comme thématiques de la FEL. Y en a-t-il d’autres ?
L. M. : Nous sommes aussi préoccupés par les questions liées au travail, tels que les jobs étudiants, les stages rémunérés ou encore la façon de conjuguer travail et études. La question des kots figure parmi nos thématiques tout comme les trajets du domicile jusqu’au campus au même titre que la question de l’abus d’alcool. Bref, la vie des étudiants dans sa globalité.
J&L : Quelles sont les valeurs de la FEL que tu défends ?
L. M. : J’ai évoqué tout à l’heure la liberté de conscience et la liberté d’expression, mais il y a également l’individualisme, non pas au sens d’égoïsme, mais au sens de se préoccuper de l’Humain. C’est plus un humanisme. L’individu est une subjectivité au sein d’une collectivité. Ce n’est pas le collectif avant l’individu, c’est l’individu et le collectif.
J&L : Peux-tu nous présenter un projet qui t’a marqué depuis que tu es coordinateur et ce que tu as pu en retirer ?
L. M. : La revue Blue Line. Notre staff s’investit beaucoup, aux côtés des étudiants, pour réaliser ce projet quatre fois par an. Je suis très attaché à le préserver et à tout mettre en œuvre pour garantir la pérennité de de ce projet parce qu’il répond à énormément de valeurs du libéralisme, en premier lieu celle de liberté d’expression. Au travers d’un dossier central qui change à chaque numéro et à des cartes blanches, nous permettons aux étudiants d’écrire, de donner leur opinion et c’est un exercice qui n’est pas si simple. Il n’existe malheureusement pas tant d’endroits d’expression que cela.
Et pour parfaire ce travail, nous insistons sur l’approche académique, la rigueur, qui sont une charpente nécessaire pour que cette revue ne devienne pas n’importe quoi. Écrire est à la fois simple et compliqué, dans le sens où je peux prendre mon compte Facebook ou Twitter et commencer à déblatérer toutes sortes de bêtises. Notre magazine offre cet espace de qualité et notre équipe offre un accompagnement dans l’écriture grâce à l’excellent travail de Coralie, notre détachée pédagogique, qui constate régulièrement une amélioration de la qualité du travail de nos rédacteurs. Il y a donc un aspect pédagogique dans ce projet de Blue Line que j’apprécie beaucoup.
J&L : Quel serait l’objectif « fou » que tu voudrais atteindre avec la FEL ?
L. M. : Rendre au libéralisme ses lettres de noblesse et qu’il retrouve une place « respectable » au sein du débat politique. C’est une des missions de la FEL.
J&L : Qu’est-ce que c’est, pour toi, gérer une asbl ?
L. M. : Depuis quelques années et la réforme du code de société, les asbl sont devenues comme des sociétés. Cela fonctionne de la même manière, sur le plan comptable, sur le plan des organes de gestion, etc. C’est véritablement une société, si ce n’est dans l’objet social qui demeure sans but lucratif. C’est pourquoi elles vivent des revenus de leurs activités, de dons privés ou de subsides publics. Cette dernière façon de se financer est celle de la FEL.
Dans ce cas, il y a un impératif moral à agir en homme raisonnable, avec prudence et précaution et toujours selon l’objet social de l’asbl. C’est en quelque sorte mon rôle en tant que secrétaire général, qui fait de moi un membre du staff et un administrateur. C’est une particularité de notre asbl : le secrétaire général est administrateur, mais aussi le premier permanent, donc employé. Les autres administrateurs sont des bénévoles.
De ce fait, une plus grande responsabilité pèse sur mes épaules. Je suis parfois amené, lors de discussions entre administrateurs, à recentrer le débat ou les activités sur notre objet social et dans le respect du décret Organisation de Jeunesse.
J&L : Quelle est la qualité principale pour être coordinateur d’une association ?
L. M. : Le dévouement à l’égard de l’association et de son conseil d’administration. Il faut parfois savoir mettre ses principes personnels de côté au profit de l’association sur certaines questions. Je n’appelle pas à faire fi de tous ses principes, mais en n’agissant pas de la même manière que si c’était en notre nom propre.
J&L : Comment t’es-tu formé au métier de manager ?
L. M. : Une petite expérience dans ma vie étudiante m’a beaucoup aidé. En troisième année de bachelier, j’étais président de la revue de droit et je gérais une équipe d’une quinzaine d’étudiants, les conflits et divergences d’opinion. Aujourd’hui, je suis dans un véritable environnement professionnel avec des travailleurs, mais dans l’esprit, nous pouvons retrouver des points communs : un objectif à atteindre, ne jamais réfléchir pour soi, mais selon cet objectif et aux méthodes pour y parvenir.
J&L : Peux-tu présenter la structure de la FEL ?
L. M. : La principale figure de notre fédération, c’est le président, qui est actuellement Ömer Candan. Il gère tant le conseil d’administration que le bureau politique, que l’image publique de la FEL, étant sa « figure de proue ». Le secrétaire général travaille en très étroite collaboration avec lui, c’est-à-dire que l’on communique tous les jours sur les avancées administratives, la stratégie politique, les campagnes, sur le staff. Il est l’autre administrateur, avec le secrétaire général, au cœur de la structure administrative.
Il est secondé par deux vice-présidents, membres du conseil d’administration, mais moins impliqués dans la vie administrative de notre association, mais plus dans l’objet social. Le trésorier s’occupe des questions financières et m’accompagne dans toute une série de ces tâches. Et enfin, un secrétaire administratif complète le conseil d’administration. Pour résumer, le conseil d’administration gère exclusivement les questions d’ordre administratives, financières et de ressources humaines. Il ne se réunit que quatre ou cinq fois maximum par an. Le bureau politique est davantage tourné vers notre objet social et est ouvert à plus de membres de la FEL. Il est composé des présidents et secrétaires politiques de chaque section, du secrétaire politique national, du staff ainsi que tout le conseil d’administration et se réunit tous les mois. Le bureau politique coopte ses délégués aux relations internationales qui vont représenter la FEL aux congrès du European Liberal Youth (LYMEC) et de l’International Federation of Liberal Youth (IFLRY). Nous y discutons également des prochains numéros du Blue Line, des actions à mener sur les réseaux sociaux et les campus. C’est le « forum » politique de la FEL.
L’assemblée générale de la FEL se réunit deux fois par an, une fois pour approuver les comptes et l’autre fois pour désigner le conseil d’administration. Voici toute la structure nationale de la FEL, qui est une fédération. Ses membres sont les sept sections de l’ULB, de l’ULiège, de l’UMons, de l’UCL, de l’Université Saint-Louis, de l’Institut Catholique des Hautes Études Commerciales et de l’Université de Namur. Chaque section dispose d’un bureau politique, à l’image du bureau national, et est indépendante. Elles organisent leurs activités que nous soutenons financièrement et logistiquement.
J&L : De combien de personnes as-tu la responsabilité ? Peux-tu nous dresser leurs portraits ?
L. M. : J’ai déjà cité Coralie, notre détachée pédagogique qui est en charge de tout l’aspect communication écrite de notre fédération, sur papier et en version digitale. Elle organise et anime un certain nombre d’activités, comme la « journée des présidents de section » ou notre mise au vert. Il y a également Daphné, notre chargée de communication et infographiste qui est en charge de notre site et de nos visuels et de ceux de nos sections.
J&L : Quels sont les bénéfices à être reconnu comme OJ ? pourquoi ne pas se faire également reconnaître comme Organisation Représentative au niveau Communautaire (ORC), pour devenir une sorte de syndicat étudiant ?
L. M. : C’est un vieux débat au sein de la FEL. En tant qu’ORC, nous pourrions gagner davantage en légitimité en tant que représentants des étudiants et obtenir beaucoup plus de subsides, d’autant plus qu’il n’existe plus qu’une seule ORC en FWB, la Fédération des Étudiants Francophones (FEF).
Or, ça n’est pas en adéquation avec notre objet social actuel. Si nous devenions une ORC, nous devrions être en mesure de représenter TOUS les étudiants et cela est difficile de promouvoir les valeurs du libéralisme tout en se réclamant d’être le représentant de tous les étudiants. C’est le problème de la FEF, qui est avant tout le porte-voix d’une minorité d’activistes aux objectifs très éloignés de ceux de la majorité des étudiants.
Notre agrément OJ nous permet déjà de réaliser nos objectifs et d’assurer une légitimité institutionnelle. Cela nous suffit pour le moment.
J&L : Quelle est la plus grosse contrainte à laquelle tu fais face au quotidien ?
L. M. : Militer dans un environnement dominé par la gauche. À tout bout de champ, quand on sort un projet, nous sommes attaqués par la gauche… je dirais même sa frange radicale. Nous avons dû avorter un projet de sensibilisation des autorités à propos de leurs inactions à l’égard des agressions sexuelles sur les campus. Nous avions utilisé l’ironie dans notre communication, mais force est de constater que tout le monde n’a pas eu le niveau suffisant pour la comprendre. Nous vivons dans une époque où il est impossible de faire preuve de réflexion à cet égard du simple fait que nous sommes libéraux.
J&L : Qu’en est-il de la mobilisation de vos membres ?
L. M. : On peut ressentir une certaine difficulté à les mobiliser, mais cela est très inégal selon nos sections. Nous en avons certaines qui fonctionnent extrêmement bien, qui sont presque autonomes, avec beaucoup de membres. Et dans d’autres sections, il n’y a pas beaucoup de membres et c’est plus difficile de réaliser certaines activités.
Mais nous restons optimistes. Récemment, une section, qui n’était plus très active depuis deux ans, a redémarré grâce à une nouvelle équipe dirigeante. Je m’en réjouis vraiment. Le président est en 2e année, il a mis en place tout un nouveau bureau politique, il a recruté énormément de membres et il a vraiment, à lui seul, réanimé une section.
Quand un nouveau membre rejoint la FEL, il reçoit une newsletter qui lui présente la FEL. Le staff n’intervient pas directement auprès de lui, c’est la section à laquelle il est rattaché qui s’en charge. Quand un membre occupe un nouveau poste à responsabilité, par exemple un président de section ou un secrétaire politique, je lui envoie moi-même un petit mail sur mesure en fonction de l’étudiant et dans quelle section il se trouve. Je lui rappelle que moi-même et le staff sommes là pour répondre à toutes ses questions, ses interrogations, qu’il est responsable d’un cercle étudiant et qu’il agit pour lui. C’est une chance en quelque sorte. Il bénéficie d’un réseau, d’un horizon, d’un auditoire de personnes attirées par l’attention qu’il suscite.
J&L : Comment organises-tu ton management à court, moyen et long terme ?
L. M. : Pour le court terme, nous faisons une réunion d’équipe toutes les semaines. Pour le moyen terme, nous recevons le planning des activités et projets de nos sections et nous planifions le soutien. Pour le long terme, ce n’est plus vraiment dans nos habitudes, hormis de suivre le plan quadriennal. L’air du temps n’est plus trop aux campagnes thématiques, qui s’étalaient sur toute une année académique. Nous faisons plutôt des « mini campagnes ». La dernière traitait d’ailleurs du phénomène des piqures dans les événements festifs.
J&L : Comment s’assurer une stabilité dans les projets lorsque l’équipe dirigeante change, en partie ou en totalité, tous les ans ?
L. M. : En s’assurant que les personnes qui intègrent nos organes décisionnels ne sortent pas de « nulle part », mais soient des personnes avec un minimum d’expérience au sein de la FEL et qui ont suivi les projets à moyen terme. L’avantage est l’apport constant d’innovation dans ces organes. L’innovation est une bonne chose.
J&L : Comment permets-tu à des jeunes de jouer pleinement et consciencieusement leur rôle de gestionnaire, alors qu’ils n’ont souvent aucune expérience professionnelle ou de vie ?
L. M. : D’une part, je suis jeune, je n’ai que 24 ans et donc, j’essaie de rester « cool » avec les étudiants, de passer de bons moments avec eux et de m’amuser. Ça doit être un plaisir pour eux de participer à la vie de la FEL. D’autre part, je sais rester « formel » dans la façon dont je m’adresse à eux. Par exemple, dans mes e-mails, je suis très protocolaire.
Par ailleurs, grâce à Jeunes & Libres, nos administrateurs bénéficient d’une formation sur leurs devoirs inhérents à cette fonction.
Et enfin, le président actuel est déjà actif dans la vie professionnelle en étant étudiant et entrepreneur et est tout à fait conscient des réalités de la vie d’une association.
J&L : quels sont les défis à venir au sein de votre OJ ?
L. M. : Montrer aux étudiants que nous, les étudiants libéraux, ne sommes pas capitalistes. Nous ne sommes pas du tout à l’image des préjugés dont on nous affuble. Nous ne sommes pas simplement une alternative à la gauche ambiante sur le campus, mais nous avons notre propre ligne politique, notre façon de concevoir l’enseignement supérieur et la société en général pour les étudiants, qu’ils sont toutes et tous les bienvenus. Et nous espérons voir de plus en plus d’étudiants qui organisent de plus en plus d’événements.
J&L : Est-ce que, selon toi, le coordinateur est le gardien des engagements décrétaux de l’OJ ?
L. M. : Oui, bien entendu. Je vais prendre un aspect très important : notre volume d’activités. Nos membres n’en ont pas conscience, mais je surveille que le volume minimal soit atteint. Rien qu’en cela, je suis gardien des engagements décrétaux. De manière générale, je dois connaître le décret OJ, savoir pourquoi nous existons en tant que telle, pourquoi on nous finance et respecter cela.
J&L : Comment est-ce que tu gères le quotidien ? Présente-nous une journée type ?
L. M. : Il n’y a pas de journée type ! Toutefois, la plupart de mes journées commencent par la consultation de mes e-mails et des réseaux sociaux, même en dehors des heures de bureau. Je réponds aux diverses questions et demandes des membres et du staff. Je travaille régulièrement sur les projets et les tâches administratives.
J&L : Quel est ton rapport avec la fédération, Jeunes & Libres ?
L. M. : C’est un gros bonus pour nous d’avoir une fédération libérale qui est là pour nous soutenir dans tout l’aspect administratif de la vie de notre association, ressources humaines, financier, graphique ainsi que pour les formations.
Et cela me permet de réaliser quelques parties d’échecs endiablées avec le coordinateur de la fédération (rires, ndlr).
Propos recueillis par Adrien Pauly

« Les bénévoles et les stagiaires représentent le cœur de l’association. »
Sensibiliser les jeunes, créer et mettre en place des projets, former des pairs éducateurs et j’en passe… C’est un travail de longue haleine ! C’est donc par téléphone que nous avons interviewé Céline Danhier, directrice de O’YES. Cet entretien téléphonique, initialement prévu pour 30 minutes, a duré plus de 2 heures. C’est ce qui arrive quand on échange avec une passionnée !
Jeunes & Libres : Qui est tu ? Quel est ton parcours scolaire et professionnel ?
Céline Danhier : Je m’appelle Céline et je suis la directrice de O’YES, anciennement appelée SIDA’SOS. J’ai fait des études en marketing à l’EPHEC puis un master en gestion d’entreprise à l’ICHEC.
J&L : Peux-tu donner trois mots qui te caractérisent ?
C. D. : Je suis quelqu’un de bienveillant, à l’écoute du personnel et de leurs besoins, leur bien-être est important pour moi. J’aime également mettre les gens ensemble et les mobiliser autour d’un projet commun. Je suis militante et je n’ai pas peur « de déplacer des montagnes » pour les causes qui m’importent.
J&L : Peux-tu nous dire une chose que les gens ne savent pas sur toi ?
C. D. : J’ai été braquée avec une amie par deux inconnus armés à Auderghem. Ils ont voulu voler nos sacs ainsi que la voiture qui appartenait à mon employeur. On a refusé de leur donner le véhicule et ils se sont enfuis avec nos sacs. Malheureusement pour nous, les clés de la voiture étaient dans mon sac à main. Aujourd’hui, je leur donnerais directement mon sac et les clefs.
J&L : Quelle est l’histoire de O’YES ? Pourquoi l’asbl existe-t-elle ?
C. D. : Lors de mes études, j’ai réalisé un mémoire sur des campagnes de prévention à destination des jeunes par rapport aux IST et au VIH, c’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps, mon oncle était chef de pédiatrie pour les enfants vivant avec le VIH.
J’ai réalisé mon deuxième mémoire au sein des Responsible Young Drivers car je trouvais intéressant de travailler dans le secteur associatif. Suite à ce mémoire, j’ai été engagée en 2006 par l’association.
Chez les RYD, j’étais en charge du réseau de volontaires et par la suite des projets européens. Dans ce cadre, je devais, entre autres, comparer les meilleures pratiques de prévention sur différentes thématiques : alcool, drogues, sécurité routière et santé sexuelle. Cela m’a permis d’avoir une vision globale sur tout ce qui était fait au niveau de la prévention, du VIH, des IST et de la santé sexuelle ainsi que les différentes stratégies de prévention utilisées. Très rapidement, j’ai remarqué que l’éducation par les pairs était la meilleure pratique pour la sensibilisation à la santé sexuelle et que ça n’existait pas encore ou très peu en Belgique.
En parallèle, avec une amie de l’EPHEC, nous avions comme souhait de mettre sur pied un projet commun. Après plusieurs mois/années de réflexion et d’analyses, nous avons créé SIDA’SOS afin de sensibiliser les jeunes sur la santé sexuelle sur les campus.
J&L : Quelles démarches as-tu entreprises pour créer ton asbl et pourquoi t’es-tu orientée vers le secteur de la jeunesse ?
C. D. : Pour commencer, nous avons choisi un nom, « SIDA’SOS », rédigé les statuts et fait les démarches administratives pour créer l’association. Ensuite, nous avons réfléchi aux méthodes que nous souhaitions utiliser pour sensibiliser les jeunes. L’éducation par les pairs était une évidence ainsi que la création d’outils pédagogiques, le tout de façon fun et ludique. Nous nous sommes également beaucoup inspirées des pratiques de l’étranger.
Pendant six ans, nous avons travaillé chez moi, dans mon salon. Nous étions tous des volontaires motivés par la cause et avec une envie débordante de mobiliser les jeunes et de créer un réseau de volontaires. Par contre, il s’avérait très difficile de débloquer des fonds pour développer nos projets.
J’ai eu la chance de rencontrer une amie de ma maman qui travaillait dans le secteur de la Jeunesse. D’après elle, l’association respectait tous les critères pour être reconnue comme Organisation de Jeunesse. Nous avions déjà un volume d’activités conséquent car nous étions présents sur plusieurs régions et l’implication des jeunes était au cœur de l’asbl. Nous avons rentré un dossier et un an plus tard, nous étions reconnus en tant qu’Organisation de Jeunesse.
A partir de ce moment-là, tout a changé, nous avons pu compter sur le soutien de notre fédération. Nous avons également obtenu un subside structurel, ce qui nous a permis d’engager du personnel et d’envisager plus sereinement le futur.
J&L : Quelles sont les thématiques sur lesquelles vous travaillez ?
C. D. : Au départ, nous travaillions sur les IST et le VIH pour finalement nous orienter vers toutes les thématiques qui concernent l’EVRAS et la santé sexuelle. Selon nous, le bien-être global des jeunes dans leur santé, et leur santé sexuelle en particulier, est primordial.
Aujourd’hui, nous abordons des thématiques telles que le harcèlement, le consentement, le plaisir, la contraception, … Nous essayons de sensibiliser les jeunes avec des messages plus « positifs » quand la thématique le permet.
Notre priorité est de former les jeunes de 18 à 30 ans afin qu’ils deviennent des CRACS, qu’ils aient des informations de qualité, répondant à leurs attentes pour pouvoir prendre des décisions éclairées par rapport à leur santé sexuelle. Nous souhaitons également qu’ils puissent identifier les structures ressources qu’ils pourront solliciter par la suite.
J&L : Pourquoi avoir changé de nom ?
C. D. : L’asbl a fortement évolué et beaucoup de gens trouvaient que le nom SIDA’SOS ne correspondait plus du tout à ce que nous faisions sur le terrain. Effectivement, SIDA’SOS donnait l’impression que nous étions une association de patients alors que nous faisons de la prévention et la promotion de la santé sexuelle. Cela a entrainé un gros questionnement au sein de l’équipe, des volontaires, des administrateurs et des partenaires.
Nous souhaitions un nom plus positif et donc O’YES (Organization for Youth Education & Sexuality) est née pour les 10 ans de l’association. Nous sommes ravis de ce changement de nom qui nous correspond beaucoup plus.
J&L : Quelles sont les valeurs de O’YES que tu défends ?
C. D. : La bienveillance, le respect, l’écoute, l’inclusion, le travail communautaire et l’implication des jeunes dans nos projets sont des valeurs très importantes pour nous.
Nos projets doivent être le plus possible en adéquation avec les besoins des jeunes. Chaque année, ils sont remis en question, réévalués et réadaptés. Il faut être constamment en phase avec notre public cible qui évolue chaque année. Nous devons être novateurs et proposer une communication accessible et vulgarisée pour tout le monde. Nous devons également soutenir et défendre les combats de nos jeunes pour arriver à des changements parfois légaux mais nécessaires.
J&L : Peux-tu nous parler d’un projet coup de cœur depuis que tu es directrice ?
C. D. : J’adore tous les projets et il m’est difficile d’en choisir un.
Le projet HPV (Infections à papillomavirus humains), est un projet qui me tient particulièrement à cœur. Grâce à une mobilisation politique depuis 2017, nous avons obtenu pour tous les garçons de 12 à 18 ans inclus la gratuité et/ou le remboursement du vaccin contre les HPV. Il s’agissait d’une inégalité sociale de santé vu que les filles y avaient accès mais pas les garçons qui sont pourtant tout autant concernés. C’était un de nos grands combats et nous sommes fiers d’y être parvenus !
Un autre super projet qui a pris énormément d’ampleur, c’est notre chaîne YouTube intitulée « Moules Frites ». Ce projet a été conçu pendant la pandémie avec la volonté de donner la parole aux jeunes sur les réseaux sociaux. Il est complémentaire des actions qui sont menées sur le terrain et nous permet d’atteindre les jeunes hors des campus. Cette chaîne peut également être utilisée comme outil pédagogique par les professeurs, les parents, les grands-parents, pour installer un dialogue avec les jeunes. Même si le public cible de l’OJ est les 18-30 ans, c’est chouette de voir que l’on touche toutes les générations.
J&L : Qu’est-ce que c’est, pour toi, gérer une asbl ?
C. D. : Gérer une asbl, selon moi, c’est définir des objectifs prioritaires avec l’équipe, établir la direction à suivre dans les années futures et mettre en place les actions en fonction des problématiques identifiées par le public.
Nous devons avoir une stratégie à long terme, pensée par nos administrateurs, la direction, mais également avec l’équipe pour avoir un cap. En fonction de ce cap à suivre, nous devons trouver les financements pour pouvoir développer nos projets, nos actions et atteindre finalement nos objectifs. La remise en question pour pouvoir se réinventer en fonction de l’actualité, du retour des jeunes, de l’évaluation réalisée avec les parties-prenantes est également synonyme d’une bonne gestion d’asbl selon moi.
Pour conclure, le management d’équipe est primordial. En tant que directrice, à mes débuts, j’ai peut-être sous-estimé le recrutement. A l’heure actuelle, il m’est toujours aussi difficile de me séparer d’un membre de mon équipe. Si le recrutement a bien été peaufiné, il y a moins de risque de devoir se séparer d’un employé par la suite.
J&L : Comment t’es-tu formée au métier de manager ?
C. D. : J’ai suivi quelques cours sur le management lors de mes études sinon j’ai du apprendre à manager au fur et à mesure que l’asbl grandissait. Ce n’est pas facile de dégager du temps, en plus du travail au quotidien, pour se former au management. Fin septembre, avec les coordinatrices des pôles, nous avons justement suivi une formation sur la gestion d’équipe, c’était très constructif.
J&L : Quelle est la qualité principale pour être coordinateur d’uns association ?
C. D. : Forte de mon expérience, j’ai pu constater la difficulté pour les jeunes employés d’aller vers la direction. Il faut souvent faire le premier pas. C’est pourquoi, je m’assure que tout le monde se sente bien au sein de la structure, en discutant avec eux, en leur posant des questions.
J&L : Peux-tu présenter la structure de O’YES ?
C. D. : L’asbl est divisée en différents pôles. Chaque pôle est coordonné par une coordinatrice. Son rôle est de veiller au bon fonctionnement de celui-ci, des projets et au bien-être de son équipe.
Le pôle administratif est composé de la directrice et de deux personnes qui s’occupent de la comptabilité, de la gestion des subsides ainsi que de la gestion quotidienne de l’asbl.
Le pôle communication est également composé de quatre personnes qui gèrent les différents projets tels que le projet Moules frites, Go to Gyneco, HPV. Ils sont en charge de la conception de tous les visuels pour l’association, de la gestion des volontaires, des réseaux sociaux, du réseau de diffusion des campagnes sur les campus et des contacts presse.
Le pôle pédagogique est composé de cinq personnes. Ils s’occupent de la prévention et de la formation des pairs éducateurs en hautes écoles et universités, du projet de concertation local EVRAS, de la gestion des volontaires ainsi que de l’implication de la communauté sur les différents projets.
J&L : Quel est ton rôle au sein de la structure ?
C. D. : J’ai un rôle multitâche. Je m’occupe de la gestion du budget, de la mobilisation des partenaires et des politiques, de la représentation sectorielle, de la gestion des ressources humaines et de la stratégie générale de l’association. Je suis l’avancement de tous les projets ainsi que des nouvelles demandes (partenariats, suivis des étudiants, création de campagnes, création et prêt d’outils pédagogiques, …).
J&L : Comment s’organise la coordination de vos trois pôles de gestion ?
C. D. : La richesse de notre équipe, c’est la diversité et la complémentarité des profils. Les débats et les discussions avec l’équipe sont nombreux, diversifiés et intéressants. Tous les lundis, nous organisons des réunions de pôle, des réunions « one to one », des réunions direction/coordination et une réunion d’équipe. C’est important de se tenir informée des décisions qui ont été prises et de se mettre d’accord sur la communication à relayer aux employés. C’est important pour ne pas donner d’informations contradictoires à l’équipe.
J&L : Quelle est l’importance des volontaires dans les projets de O’YES ?
C. D. : Les bénévoles et les stagiaires représentent le cœur de l’association. Ils participent activement à la vie de l’asbl. Ils prennent part aux projets, à la création des outils pédagogiques et autres. C’est un peu comme une fourmilière.
Nous avons également des réunions « volontaires » une fois par mois, qui permettent d’échanger, de se rencontrer et de réfléchir ensemble aux différents projets. Chaque année, nous organisons un « Week-end des Volontaires » afin de tisser des liens et de créer une cohésion d’équipe. Il ne faut pas sous-estimer le temps que prend la gestion du réseau de volontaires, l’accompagnement, leur formation.
J&L : Quelles sont les contraintes auxquelles tu fais face au quotidien ?
C. D. : Le manque de subsides structurels et le délai de validation des appels à projets. Souvent, nous devons nous projeter budgétairement sur des suppositions. C’est compliqué d’avoir une stratégie concrète sur le long terme sans être sûr des financements.
J&L : Quels sont les défis à venir au sein de votre OJ ?
C. D. : La surcharge de travail vécue par les employés, due aux nombreux projets. Il nous faudra accepter de ne pas pouvoir répondre positivement à toutes les nouvelles demandes de projets.
J&L : Quel est ton horizon de gestion ? Comment projettes-tu ton management ?
C. D. : Sur le court et moyen terme, nous souhaitons continuer à nous former au management et à la gestion d’équipe avec les coordinatrices des pôles. Sur le long terme, idéalement, il nous faudrait agrandir l’équipe afin d’avoir une personne par projet. Cela représenterait quatre personnes supplémentaires. En parallèle, il faut continuer à pérenniser et renforcer l’existant afin de pouvoir accepter de nouvelles opportunités et des projets ambitieux pour le futur.
J&L : Comment géres-tu la multitude d’appels à projets ?
C. D. : En moyenne, nous répondons à une cinquantaine d’appels à projets par an. Vu le nombre conséquent, je n’hésite pas à demander de l’aide à mon équipe si besoin.
J&L : Comment est-ce que tu gères le quotidien ? Présente-nous une journée type ?
C. D. : Chez O’YES, il n’y a pas de journée type. A l’exception des lundis qui sont consacrés aux réunions d’équipe où l’on discute des priorités de la semaine et de la direction à prendre pour les différents pôles. Quotidiennement, je passe beaucoup de temps au téléphone pour débloquer des situations ou répondre aux urgences. Je me partage entre les tâches administratives, la rédaction des appels à projets, les réunions plus politiques, la représentation sectorielle, la réflexion autour des campagnes de communication et les prises de décision concernant tous les projets. Il y a également énormément d’imprévus auxquels je dois faire face souvent en lien avec l’actualité.
J&L : Quelles sont les dernières avancées législatives dans les matières sur lesquelles vous travaillez ?
C. D. : Les rebondissements politiques et législatifs ont un impact sur le quotidien de l’association. Comme évoqué plus haut, le projet HPV (Infections à papillomavirus humains) a mobilisé l’équipe pour créer une campagne de communication pour informer le public, les médecins, etc. Dernièrement, nous nous sommes également mobilisés suite à ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis, concernant l’IVG. Une autre avancée est la légalisation du travail du sexe.
Afin de communiquer directement avec le public sur les avancées législatives et politiques, nous avons créé une nouvelle capsule « Hot News » sur notre chaîne YouTube « Moules Frites ».
J&L : Quel est ton rapport avec la fédération ?
C. D. : La fédération est un soutien sur lequel nous pouvons compter au quotidien peu importe la demande. Ils nous soutiennent sur les projets, les actions, la compréhension du secteur, la rédaction des appels à projets, les démarches administratives, les formations . Nous pouvons également compter sur Jeunes & Libres pour nous rappeler les deadlines importantes pour notre structure.
J&L : Peux-tu nous parler des relations avec les autres OJ de Jeunes & Libres ?
C. D. : Malheureusement, le manque de temps nous empêche de plus échanger avec les autres OJ. Nous mobilisons beaucoup de partenaires dans le secteur mais qui travaillent sur les mêmes thématiques que nous.
Nous avons déjà pu mettre en place différents projets avec la FEL parce que nous partageons le même public cible et que nous nous mobilisons tous les deux sur les campus.
Deux fois par an, Jeunes & Libres organise les « Journées des Coordinateurs » qui nous permettent d’échanger avec les autres OJ.
J&L : O’YES déménage bientôt. Quels défis demande l’aménagement d’un bâtiment ?
C. D. : Fin d’année, nous déménagerons dans notre tout nouveau centre CECSI (Centre Evras Collaboratif et de Santé Inclusive). Le bâtiment rassemblera différentes structures associatives en lien avec notre thématique afin d’échanger, de co-construire et de créer un réseau d’experts orientés vers les jeunes et leur entourage. Ce sera un lieu accueillant, bienveillant et transdisciplinaire.
Pour ce projet, j’ai dû endosser le rôle de chef de chantier, c’est un nouveau défi pour moi.

Propos recueillis par Pauline Bettonville
« J’adore que les gens autour de la table soient différents, c’est toujours intéressant de voir les personnalités sortir derrière les idées. »
C’est autour d’un lunch que nous avons rencontré Pierre Escojido, directeur des Jeunes Mutualistes Libéraux afin d’échanger sur sa gestion de l’asbl et sur ses 30 ans d’expertise.
Jeunes & Libres : Qui es-tu ?
Pierre Escojido : Je m’appelle Pierre Escojido et je suis le directeur des Jeunes Mutualistes Libéraux. Je ne vous dirai pas mon âge, mais en sachant que j’y travaille depuis plus de trente ans, cela donne déjà une bonne indication.
J&L : Quel est ton parcours scolaire/professionnel ?
P. E. : J’ai fait mes humanités dans un Athénée à Wavre, j’y étais en internat. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de travailler durant un an dans la bande dessinée. Par la suite, j’ai souhaité reprendre des études, mais j’ai d’abord dû passer par le service militaire, obligatoire à l’époque. Après deux ans de service civil au sein d’un asile psychiatrique, j’ai enfin pu reprendre des études à l’ULB où j’ai obtenu ma licence en santé publique. Je me suis mis à la recherche d’un job et on m’a proposé un poste au sein de la mutualité libérale. Comme j’étais jeune, on m’a aiguillé aux JML reconnus en tant qu’Organisation de Jeunesse qui proposaient des activités diverses autour d’un public jusqu’à 35 ans. C’était suffisamment varié et une partie de ce boulot, comme les formations, se déroulait à la côte belge dans nos bâtiments.
A l’époque, j’étais souvent à la mer où je faisais de la voile, j’ai donc occupé le poste.
J&L : Comment es-tu devenu directeur ?
P. E. : Nous n’étions que quatre à l’époque. Ma gestion et le travail réalisé ont, je suppose, joué en ma faveur pour un poste qui se libérait.
J&L : Peux-tu donner trois mots qui te caractérisent ?
P. E. : L’espoir, parce que je pense qu’il faut rester très optimiste et continuer à se dire que des choses vont marcher. De manière différente, mais elles vont marcher quand même. Nous défendons un modèle démocratique européen, imparfait, mais loin de la tentation autoritaire de nombreux pays à travers le monde.
L’amitié. C’est une valeur fondamentale dans ma vie, c’est quelque chose auquel je tiens.
Sans doute lié à mon passé d’interne.
Un peu désabusé, c’est un peu regarder les éléments avec un recul neutre non dénué d’intérêt, mais décalé.
J&L : Peux-tu nous dire une chose que les gens ne savent pas sur toi ?
P. E. : J’ai eu une petite société, où je fabriquais des planches à voile avec des matériaux composites. J’aimais bien l’idée de « shaper » moi-même mes propres planches pour pouvoir naviguer ensuite. Il fallait trouver les époxys , styrènes et autres fibres de carbone ,dans les années ‘80, pas si simples à se fournir et d’une qualité encore inégale.
J&L : Quelle est l’histoire des JML?
P. E. : Tout ça existait bien avant moi. Les JML ont débuté en 1964, bien avant le premier décret jeunesse qui date du début des années ‘80. Nos principaux axes sont la santé et la prophylaxie. Le bien-être de la population, et de la jeunesse en particulier, est primordial pour nous, c’est un cercle vertueux et cela réduit les coûts de sécurité sociale. Quand de bonnes habitudes sont prises, qu’elles soient alimentaires, en matière d’hygiène ou en santé mentale, cela évite de possibles futurs ennuis de santé. La Mutualité libérale a donc décidé de créer une organisation qui s’occuperait de la jeunesse en général.
Elle n’a pas été la première à le faire, mais la Mutualité libérale est quand même un des organismes les plus anciens en termes d’assurance santé. C’est une préoccupation fondamentale pour la population et donc pour son adhésion à nos valeurs libérales.
J&L : Quelles sont les thématiques sur lesquelles vous travaillez ?
P. E. : Le bien-être, la formation en règle générale et l’éducation, qui sont principalement des thématiques qui restent liées à notre objet social. On essaie également d’être un soutien. Nous organisons des gardes d’enfants malades à domicile ainsi que des cours de rattrapage.
Il s’agit d’avoir un rôle social que je trouve essentiel.
J&L : Quelles sont les valeurs des jml que tu défends ?
P. E. : Ce sont des valeurs de solidarité. C’est un élément important de pouvoir utiliser le ciment qu’il y a entre les gens, à défaut de le créer, car on ne peut pas s’en sortir seul. C’est aussi l’humanisme. Je pense que pour trouver son chemin, si tu as une bonne dose de valeurs humaines, tu es déjà mieux armé pour pouvoir comprendre, agir et corriger le cas échéant.
J&L : Peux-tu présenter une activité coup de cœur depuis que tu es directeur ?
P. E. : Les vacances « répit-famille » correspondent tout à fait à notre ADN. L’idée est de partir en vacances avec un enfant porteur d’un handicap et au moins un des deux parents. Pourquoi au moins un des deux parents ? Parce qu’il y a beaucoup de divorces au sein des couples qui ont un enfant porteur d’un handicap. C’était donc pour moi important de pouvoir offrir un moment de détente en juillet ou en août et que les parents puissent se reposer tout en ayant leurs enfants à leurs côtés encadrés par des animateurs formés. Je loue deux hôtels en Italie en bord de mer. Les parents échangent sur les difficultés, se soutiennent. Avec le temps c’est une véritable famille qui, le temps des vacances, trouve un moment d’apaisement.
J&L : Qu’est-ce que c’est, pour toi, gérer une asbl ?
P. E. : Il y a différents aspects dans la gestion : la gestion humaine et la gestion financière et administrative. Parfois, en tant que libéraux, on a plutôt tendance à s’occuper de la gestion financière avant la gestion humaine. Mais il est tout aussi important d’avoir une bonne gestion humaine qu’une bonne gestion financière. Le problème, c’est l’équilibre entre les deux. L’ASBL ressemble à une société, certaines sont d’ailleurs astreintes à la TVA. Les obligations, et c’est normal, sont quasiment celles d’une PME. La différence est que les bénéfices, si il y en a, ne sont pas distribués aux actionnaires.
La gestion humaine peut apparaître compliquée, car on est dans un cadre mutualiste qui est assez formaliste et, évidemment, une Organisation de Jeunesse trop formaliste n’a pas beaucoup d’ intérêt. C’est donc assez difficile de combiner les deux. Moi, j’essaie de pouvoir laisser un peu libre cours à la créativité de mes équipes. Mais les fonctions demandent de plus en plus de spécialisations et donc il est nécessaire d’avoir des personnes pointues.
J&L : Quel est le lien entre les JML et la mutualité libérale ?
P. E. : Notre asbl est indépendante de la mutualité. Ce sont deux entités juridiques distinctes, évidemment, il y a des liens entre nous. On discute, on échange, on se réunit. Je fais partie de certains conseils d’administration au sein de la Mutualité. Je donne mon avis et j’essaie de développer des projets.
J&L : Peux-tu présenter la structure des jml ?
P. E. : Actuellement, nous sommes seize personnes réparties dans les différentes antennes régionales en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le siège social est à Bruxelles. C’est là que je travaille avec Quentin, notre animateur ainsi que Natasha et Myriem au secrétariat national. Nous avons des délégués qui ont leurs bureaux dans chaque mutualité, nous sommes réfèrents en matière d’animations et de projets pour l’année et en fonction des objectifs. Chaque antenne régionale développe des projets autonomes. On en discute et ils se réalisent en fonction des régions, ce sont les antennes qui connaissent le mieux les besoins des publics spécifiques.
J&L : Quelle est la qualité principale pour être directeur d’une association ?
P. E. : On ne peut pas résumer ça en un seul terme. C’est un ensemble de fonctionnements. Être à l’écoute des autres est sans doute quelque chose d’important. Mais il faut être à l’écoute tout en gardant en tête les objectifs de la structure et le chemin que l’on prend.
J&L : Comment t’es-tu formé au métier de manager ?
P. E. : Je n’ai pas suivi de formation complémentaire en management. A l’époque tout était orienté commercial, « business ». Cela ne collait pas avec une structure non marchande. Maintenant c’est une évidence que la structure a rejoint le commercial et les méthodes de management sont quasiment identiques. Quelquefois pires…
J&L : Quel est ton rôle au sein de la structure ?
P. E. : J’ai eu toutes les casquettes. C’est vrai qu’à un moment donné, il faut être spécialiste dans tout. Quand je discute avec le réviseur d’entreprise, je suis censé connaître la comptabilité convenablement. Quand je discute avec un secrétariat social, il faut être pointu dans ce domaine-là aussi. Quand je négocie la location d’hôtels, il faut connaître le marché. J’ai l’impression que pour les Organisations de Jeunesse, on est un peu présents dans tous les domaines auxquels on est confrontés. Pourquoi ? Parce qu’on s’adapte et puis on se forme, on se pose des questions et on essaie de trouver les réponses.
J&L : Quelles sont les contraintes auxquelles tu fais face au quotidien ?
P. E. : Je n’ai pas trop de contraintes, mais ce sont des négociations permanentes. Il y a des contraintes, mais qui, pour moi, sont plutôt des challenges que des problèmes.
J&L : Quels sont les défis à venir au sein des jml ?
P. E. : Il faudra le demander à mon successeur. On a une assemblée générale et un organe d’administration qui ont été renouvelés quasiment à 95%. J’espère qu’il y aura de nouvelles idées, de nouveaux défis, de nouvelles orientations qui pourront nous donner du grain à moudre pour quelques temps.
J&L : Est-ce que, selon toi, le coordinateur est le gardien des engagements décrétaux de l’OJ ?
P. E. : Ça, c’est le rôle de l’inspection de la Culture et l’administration. Je ne suis pas du tout le gardien de lois édictées par d’autres personnes. Mais c’est vrai qu’en tant que légaliste, il faut respecter les engagements et se battre pour faire changer ceux qui semblent inadéquats.
J&L : Comment organises-tu ton management ?
P. E. : En essayant de développer une vision à long terme, en tenant compte des risques et des investissements. C’est une gestion qui nécessite aussi un apport intellectuel de la part des collaborateurs pour pouvoir implémenter des modifications. Avoir développé des services et des emplois depuis de longues années est déjà une réussite en soi.
Évidemment, il y a des évolutions que l’on ne peut pas véritablement prévoir. Il faudra s’adapter aux changements de législatures et de mentalités, mais la structure est saine. Il y a du personnel, du public, des objectifs. Il faut que le public réponde présent et pour cela, nous devons nous adapter à une jeunesse qui a de nouvelles demandes.
J&L : Beaucoup de jeunes participent à vos projets?
P. E. : C’est compliqué. Il faut faire face à une offre concurrente de plus en plus importante,
y compris dans le secteur marchand. Les coûts sont de plus en plus importants et il n’est donc pas toujours évident de proposer une offre accessible à tous. Cela dépend du public que nous avons.
J&L : Comment est-ce que tu géres le quotidien ? Présente-nous une journée type ?
P. E. : En fonction des rendez-vous, des liens que j’entretiens avec les formateurs ou des demandes, la journée s’agence d’elle-même. Avant, j’avais beaucoup de réunions, maintenant moins. Par exemple, j’ai délégué à Benjamin (coordinateur de Jeunes & Libres, NDLR) mes mandats Fesoj. Ces mandats découlent des JML et non de la fédération. Je lui ai tout doucement passé le relais pour plusieurs raisons. Tout d’abord, sa compétence est évidente et puis surtout, il y a un passage de flambeau qui doit s’effectuer entre les générations.
J&L : Peux-tu me parler de ton rapport avec la fédération Jeunes & Libres ?
P. E. : Jeunes & Libres est sympathique et très agréable. Chaque OJ a des activités et des thèmes divers, l’ambiance entre les membres est bonne. C’est beaucoup moins « politique » qu’auparavant. Il est important d’avoir des diversités et le mouvement libéral est un mouvement diversifié. L’aide de la fédération est précieuse, elle joue vraiment un rôle d’aide et de conseil efficace.
J&L : Quelles sont vos relations avec les autres OJ de Jeunes & Libres ?
P. E. : Cela a toujours été une question de personnes et d’opportunités. Au départ, nous étions six membres, chacun dans son secteur. On a essayé d’être unis et de voir quels partenariats étaient possibles. Il faut essayer de partager une vision et des objectifs communs. J’adore que les gens autour de la table soient différents, c’est toujours intéressant de voir les personnalités sortir derrière les idées.
Propos recueillis par Pauline Bettonville

Le 24e Libre² est en ligne
Pour ce 24eme numéro de notre magazine Libre², Jeunes & Libres est parti à la rencontre des directeurs et des directrices de ses Organisations de Jeunesse pour vous dresser le portrait de chacun d’eux.
L’idée ? Vous faire découvrir la gestion de chacune des Organisations de Jeunesse libérales de l’intérieur, avec les personnes les mieux placées.
Le secteur des OJ est un secteur dont la particularité est d’être centré sur des personnes qui n’ont pas, par définition, une grande expérience : les jeunes. Cela nécessite une gestion adaptée à chaque association. Comment et pourquoi ces directeurs ou coordinateurs ont-ils accédé à ces postes ? Comment s’organise le processus décisionnel dans une structure centrée sur des jeunes ? Quelles sont les contraintes auxquelles font face nos OJ ?
Plongez au cœur de ce numéro pour découvrir le quotidien d’un ou d’une directeur(-trice)!
Nous espérons que ce Libre² vous apportera un éclairage différent sur le secteur des Organisations de Jeunesse et que vous aurez autant de plaisir à le découvrir que nous avons eu à l’élaborer.
Le 23e Libre² est en ligne
Ce nouveau numéro de notre magazine s’intéresse à une nouvelle question ancrée dans notre époque, celle des rapports humains et plus particulièrement les relations affectives et sexuelles. Vous ne l’aurez peut-être pas encore deviné mais nous allons vous parler de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle connue sous l’acronyme d’EVRAS.
L’EVRAS est devenue tellement importante qu’elle figure depuis 2012 dans le décret « Missions » de la Fédération Wallonie-Bruxelles fixant entre autres les missions prioritaires de l’enseignement obligatoire. Un an plus tard, l’EVRAS est généralisée et fait son entrée progressive au sein du secteur de la Jeunesse.
Nous avons la chance chez Jeunes & Libres de compter parmi nos membres des structures s’impliquant directement dans l’EVRAS et d’autres y travaillant de manière ponctuelle. Ces dernières vous présenteront leur travail, l’organisation de l’EVRAS en FWB, certains outils mis en place, l’EVRAS appliquée en haute école ou encore leurs réflexions sur l’utilité de l’EVRAS.
Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à découvrir ce 23e numéro que nous en avons eu à l’élaborer.
Bonne lecture !